Proposition visant à définir les positions de l'ANIT sur différentes questions d'actualité touchant aux traitements de substitution des opiacés

Commission substitution - ANIT

L'ANIT s'est impliquée de longue date dans la mise en place de prises en charge globales et de qualité, centrées sur les besoins des personnes toxicomanes. Notre approche est la même vis-à-vis des traitements de substitution (Subutex et méthadone en France) : ils apportent de réels progrès dès lors qu'ils ne se limitent pas à une pure distribution de médicament et s'ils s'inscrivent dans un accompagnement prenant en compte le sujet et sa problématique propre, là où il en est, de l'aide à la survie à l'aide au sevrage.

Cette exigence de qualité des soins doit être sans cesse réinterrogée et réactualisée. Loin de tout a priori dogmatique, elle conduit à se préoccuper avant tout de l'adaptation des services aux besoins et à la diversité des usagers concernés.

Cela guide les positions de l'ANIT face à différentes questions actuelles soulevées par les mesures envisagées par les pouvoirs publics devant certains mésusages et par les propositions de la conférence de consensus organisée en juin 2004 par la FFA et l'ANAES.

1) Un article de la loi de réforme de la sécurité sociale votée le 13 août 2004 (article L 162-4-2 du code de la sécurité sociale) crée deux nouvelles obligations pour la prise en charge par l'Assurance Maladie de "tout soin ou traitement susceptible de faire l'objet d'un usage détourné" dont la liste doit être fixée par un arrêté :

Si la mention obligatoire sur l'ordonnance du pharmacien désigné pour la délivrance ne fait aucune difficulté (elle figure dans les recommandations de différents groupes d'experts et dans celles de la conférence de consensus de juin 2004), en revanche cet article pose deux problèmes :

L'Assurance Maladie a déjà établi des critères permettant de montrer que le grand détournement ne concerne que moins de 5 % des usagers recevant du Subutex et moins de 1 % de ceux sous méthadone. Par ailleurs, 20 à 25 % des patients sous TSO sont en difficulté ou en échec thérapeutique, ils sont probablement en grande souffrance et, plutôt que de les stigmatiser, il serait sans doute nécessaire de développer de nouvelles ressources de prise en charge comprenant l'accès à d'autres traitements de substitution. La seule façon de sortir de l'impasse serait donc de limiter l'obligation du protocole aux cas de suspicion effective d'un détournement ou d'un mésusage, et d'appliquer cette mesure à une liste de médicaments objets de détournements massifs, avérés et dangereux. Une liste qui devrait être établie en concertation entre la CNAM, la DGS, la commission des stupéfiants et psychotropes et les CEIP.

Nous attendons du Ministère de la Santé et de la CNAM qu'ils élaborent des textes d'application dans ce sens. La justice le fait bien par voie de circulaires pour éviter que l'on emprisonne les usagers de stupéfiants pour simple usage, que l'on ne nous dise pas qu'ici on ne pourrait tenir compte des effets pervers d'un petit article perdu dans une grande loi de réforme de la sécurité sociale. D'autant que personne - excepté l'auteur de l'amendement - ne soutient le bien fondé d'une systématisation du protocole : ni les professionnels, ni la DGS, ni la MILDT, ni le Ministère de la Santé, ni la CNAM... Alors pourquoi faudrait-il imposer à tous les acteurs et aux usagers en particulier, une mesure dont personne ne veut, au prétexte que quelques députés et le Ministère de la santé l'aient laissé passer "par inadvertance" cet été ?

2) La primo-prescription de méthadone en médecine libérale

Le jury de la CdC a fait cette proposition pour améliorer les conditions de choix des médecins entre la BHD et la méthadone, en stipulant que "rien, sur le principe, ne s'y oppose dès lors que les garanties de sécurité sont apportées". L'essentiel repose en effet sur ces conditions de sécurité et sur les modalités de l'accompagnement thérapeutique qu'il faut à présent mieux préciser.

L'ANIT pense que, pour étendre le possibilité d'accès à la méthadone, il est essentiel de s'appuyer à la fois sur l'expérience du Subutex en France et sur celles des autres pays européens.

La prescription très large de Subutex a montré qu'à mélanger les objectifs et à négliger l'encadrement des prescriptions, des mauvaises utilisations se développent. De ce point de vue, l'initialisation du traitement en médecine de ville requiert des compétences spécifiques et doit permettre d'accompagner la personne dans sa globalité.

De notre point de vue, et compte tenu du risque léthal potentiel lié à la méthadone, la primo-prescription en médecine de ville nous paraît exiger les préalables suivants :