Lettre de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative
29èmes journées de l'ANITeA - Nîmes - 12 juin 2008
Il s'agit d'une année particulièrement importante pour le secteur médicosocial, en particulier par la création des centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie, les CSAPA.
Ces structures sont le résultat d'un long processus de reconnaissance du concept d'addictologie.
Cette notion a notamment émergé de l'observation des modes de consommation et de similitudes de prise en charge de différents types de dépendances.
La querelle des approches dite "globale" et par produit semble définitivement dépassée.
Bien que l'approche par produit apparaisse plus opérationnelle pour les politiques de santé publique, le concept d'addiction s'est imposé aux professionnels avec le lancement du plan pour la prise en charge et la prévention des addictions 2007-2011.
La particularité de la réforme des CSAPA est de créer un noyau de missions communes que ces structures doivent assurer pour toutes les personnes se présentant, quel que soit le produit à l'origine de la demande.
Ainsi, les CSAPA ne sont plus des structures centrées autour du produit mais autour de la "problématique addiction" de l'usager, répondant de façon plus adaptée aux problématiques que vous connaissez tous, telles que les poly-consommations ou encore les transferts d'addiction d'une substance à l'autre chez un même individu.
Les CSAPA disposent de la possibilité de mettre en place des consultations de proximité pour permettre le repérage des usages à risque. Cette mission a été inspirée des consultations pour jeunes consommateurs qui sont désormais intégrées dans les CSAPA.
L'ouverture de ces consultations, que j'ai annoncé dans le cadre du Plan Santé des Jeunes, devrait notamment répondre à la préoccupation de prendre en charge les ivresses fréquentes des jeunes.
J'ai, en effet, souhaité l'ouverture de ces consultations jeunes consommateurs car je devine les limites de mesures uniquement coercitives.
L'expérience nous a appris à nous méfier de stratégies de prévention trop axées sur l'interdit, dont l'effet est parfois bref, et qui peuvent dans certains cas engendrer des effets contreproductifs.
La lutte contre les addictions doit être humaniste mais aussi pragmatique. Elle nécessite un équilibre entre des mesures de prévention, de prise en charge mais également de répression qui gardent leur sens. Car encadrer, voire interdire, comme dans le cas de la vente de boissons alcooliques aux mineurs, c'est aussi protéger, notamment les plus faibles.
Je compte veiller à l'équilibre entre ces différentes composantes.
L'autre nouveauté de la réforme des CSAPA est la possibilité pour ces établissements de prendre en charge les addictions sans substance. A cet égard, il sera nécessaire de prendre en compte les enseignements de l'expertise collective que la direction générale de la santé (DGS) a confiée à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur le jeu. La parution des résultats est prévue pour cet été.
Le développement de cette mission nouvelle du médico-social devra être effectué sur la base des besoins locaux.
L'autre défi à relever pour le secteur médico-social en addictologie est l'amélioration de la prise en charge avec les procédures d'évaluation et l'amélioration des pratiques professionnelles.
Ces évaluations se mettront progressivement en place avec la création de l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements, services sociaux et médico-sociaux ainsi que par l'élaboration de référentiels.
Ainsi, j'ai prévu de demander à la Haute Autorité en Santé de travailler sur la question de la prise en charge des personnes en difficulté avec la cocaïne, substance dont la consommation est en augmentation. Une demande que j'effectuerai en lien avec la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt).
Par ailleurs, une meilleure prise en charge suppose également l'utilisation des référentiels de bonnes pratiques professionnelles. L'évaluation de la qualité des pratiques doit devenir systématique ainsi que la diffusion de ces référentiels et les formations aux bonnes pratiques.
L'amélioration de la qualité des pratiques ne concerne pas uniquement le soin mais vaut également pour la réduction des risques (RDR) et la prévention.
Un groupe de travail a été spécialement désigné sur les questions d'évaluation des pratiques et des outils de RDR.
Je pense qu'une littérature évaluative scientifique appliquée à la prévention mériterait d'être mieux connue dans notre pays.
Ainsi, des expérimentations étrangères de renforcement des aptitudes des familles à retarder l'âge d'entrée dans les consommations présentent des résultats encourageants ; leur expérimentation en France pourrait donner aux intervenants en prévention une perspective d'engagement encourageante.
L'amélioration des pratiques professionnelles et la mise en place de l'évaluation constituent donc les prochains défis à relever pour le secteur médico-social.
La commission "addictions" du ministère de la santé accompagnera dans leur réflexion les professionnels sur ces nouveaux chantiers.
Je suis résolue à vous accompagner dans cette mutation, parfois difficile de vos établissements, qui correspond à ma vision globale de l'addictologie, que je souhaite défendre à vos côtés.