Note de l'ANIT à Mesdames et Messieurs les députés
à l'occasion du débat sur la lutte contre la toxicomanie du 14 avril 2005
Madame, Monsieur le Député,
Vous vous apprêtez à tenir un débat sur la lutte contre la toxicomanie. Notre association, constituée de professionnels et de personnes morales gestionnaires d'établissements, est particulièrement sensible à ce sujet, qui constitue l'objet de nos actions. C'est pourquoi je me permets d'attirer votre attention sur les points suivants.
Il est nécessaire de renforcer la prévention des usages de drogues,
Par une politique coordonnée, fondée sur une information validée, des actions de proximité inscrites dans la durée, aptes à relayer les campagnes grand public qui n'ont d'impact que lorsqu'elles sont reprises sur le terrain.
En déclinant la prévention sur différents lieux : l'espace urbain, l'espace festif, l'école, le monde du travail, le monde du sport.
En validant ses contenus et ses financements : la prévention souffre du morcellement de ses financements, de leur absence de pérennité, des compétences non garanties de ses acteurs (chacun se sent "légitime" en matière de prévention) avec pour conséquence une "cacophonie des discours", et d'un manque d'évaluation.
En ne perdant pas, dans la réorganisation par régions des Centres d'information et de ressources sur les drogues et dépendances (CIRDD), les compétences acquises par de nombreux intervenants, et en maintenant leur fonction d'appui méthodologique de proximité pour les acteurs de terrain.
Il est nécessaire de renforcer l'articulation entre la prévention et le soin :
On ne passe pas de l'abstinence à la dépendance : entre les deux, il y a une période d'expérimentation, puis d'installation de la consommation. Il est important de pouvoir agir pendant ces phases, afin de limiter les évolutions néfastes des consommations.
Par le développement de dispositifs de proximité : nombre d'utilisateurs de drogues tireraient bénéfice d'un accès précoce au conseil et aux soins. Le développement récent de consultations "cannabis" ou consultations "jeunes" permettant d'évaluer les consommations, et d'orienter chaque fois que nécessaire vers des lieux de soins, sont des outils utiles, d'autant plus qu'ils sont insérés dans un tissu partenarial associant le milieu scolaire et autres partenaires. Il est important d'évaluer ce dispositif, et de le renforcer chaque fois que nécessaire : il ne s'agit pas seulement de proposer du temps de consultation, mais aussi de consacrer un temps important au partenariat, et donc de disposer de moyens adéquats.
Il est nécessaire aussi de développer un soutien aux familles confrontées aux usages de drogues, souvent démunies et isolées face à ces problèmes. Quelques CSST (Centres Spécialisés de Soins aux Toxicomanes) proposent des consultations spécifiques pour les familles, quelques points écoute parent, et les consultations "cannabis et autres substances psychoactives" sont également habilités à les recevoir. Ces actions envers les familles devraient être davantage promues et soutenues financièrement.
Il est nécessaire de soutenir et développer l'accès aux soins et les soins :
Par un maillage de l'offre de soins sur l'ensemble du territoire, la création ou le développement de CSST dans les régions et départements sous dotés.
Par le maintien des CSST, essentiellement issus du secteur associatif, en tant qu'établissements médico-sociaux, tant les questions des drogues associent les aspects médicaux, psychologiques, éducatifs et sociaux : la création de la CNAV par la loi du 11 février 2005 redéfinissant les financements des établissements médico-sociaux, a pu laisser penser que ces dispositifs pourraient changer de statut.
Par le développement de capacités d'hébergement résidentiel : plus de 20% des places en hébergement thérapeutique résidentiel ont disparu en 10 ans. Pourtant, ces dispositifs de soins résidentiels répondent à des besoins, permettant une unité de lieu à des traitements médicaux, psychologiques et sociaux, et sont particulièrement adaptés à des personnes désinsérées du fait de leur trajectoire de vie et/ou de leur consommation de drogues. Actuellement, le plan quinquennal de la MILDT prévoit le développement de communautés thérapeutiques, orientées vers le maintien de l'abstinence. Ces communautés sont assurément complémentaires des dispositifs d'hébergement thérapeutique résidentiel existant. Il convient cependant d'évaluer quantitativement et qualitativement les besoins en hébergement thérapeutique, le nombre et le type de places à créer, afin d'assurer un développement harmonieux de l'ensemble des réponses utiles sur l'ensemble du territoire.
En soutenant la dispensation des traitements de substitution en limitant les possibilités de détournement, (fait d'un tout petit nombre) sans en freiner l'accès au plus grand nombre d'usagers, (qui ne pose pas de problème d'observance).
Par le développement de rapprochements et de ponts entre les dispositifs identifiés "drogues" et les dispositifs identifiés "alcool", correspondant à l'évolution de consommations qui associent le plus souvent substances licites et illicites : les Centres de Soins, d'accompagnement et de prévention en Addictologie (CSAPA), inscrits dans la loi 2002-2, n'ont à ce jour pas de décret d'application.
Par un encouragement à l'innovation dans le cadre de pratiques de partenariat et de réseaux associant différents professionnels, CSST, CCAA, CAARRUD (Centre d'Accueil d'Accompagnement et de Réduction des Risques pour Usagers de Drogues, décret en cours), médecins généralistes, services hospitaliers, services sociaux, etc.
Développer des approches adaptées à des situations spécifiques (usagers de crack, par exemple) en acceptant une réflexion sans tabou quant aux solutions à apporter.
Il est nécessaire de développer les approches de réduction des risques et d'en sécuriser les financements.
La réduction des risques, ou soins de première ligne, s'est imposée comme un complément indispensable aux autres axes des politiques publiques : elle permet de toucher les usagers les plus éloignés des dispositifs de soins, d'éviter que leur situation ne s'aggrave. Cette approche a permis une chute spectaculaire de la mortalité des usagers de drogues par voie injectable, et considérablement réduit les contamination par le VIH dans cette population.
Soutenir et/ou créer des lieux d'accueil à bas seuil partout où cela est nécessaire, en particulier dans les bassins de vie où la prévalence de l'usage de drogues est importante.
Actuellement financés par l'Etat, les dispositifs de réduction des risques devraient être financés par l'Assurance Maladie. Cela faciliterait les rapprochements nécessaires avec les lieux de soins, (CSST, CSAPA)
Il est nécessaire de reprendre une réflexion sur la loi et son application, après avoir été ouverte, elle s'est refermée sans avancée notable.
Il est nécessaire d'intégrer et/ou de développer les enseignements relatifs aux drogues et à leurs usages :
dans les formations initiales entre autres des travailleurs sociaux, des psychologues et des médecins. Elle existe actuellement trop souvent de façon facultative,
de promouvoir la formation continue sur ces thèmes.