Lettre au député - 4 octobre 1999
Marie Villez - Présidente de l'ANIT
Depuis 1995, notre association qui regroupe la majorité des services spécialisés vous informe régulièrement de l'évolution de nos actions, de prévention, d'insertion et de traitement des toxicomanies. Votre aide et celle de nombreux de vos collègues nous ont été précieuses.
Vous êtes conscients en effet de l'importance de l'enjeu. Les questions de drogues restent à juste titre une des préoccupations essentielles de nos concitoyens : les usagers de drogues et les toxicomanes sont de plus en plus nombreux ; aux difficultés majeures posées par l'héroïne s'ajoutent de nos jours la généralisation des usages de cannabis et le développement des nouvelles drogues de synthèse comme l'ecstasy. De plus en plus de jeunes commencent très tôt, dès 12/13 ans, à user et abuser de drogues, de médicaments, de tabac, d'alcool ;
Par ailleurs, la population s'inquiète, supporte difficilement les nuisances des personnes non prises en charge et nous interpelle. Que peut-on lui répondre ?
Face à cette situation alarmante sur laquelle nous attirons l'attention des Pouvoirs Publics, ceux-ci n'ont eu de cesse ces dernières années de nous annoncer un ambitieux plan triennal de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT). Ce printemps, ce plan a été publié. La plupart des observateurs ont surtout noté l'extension de nos missions aux abus d'alcool et de tabac et la faible part budgétaire consacrée au domaine des soins.
Le développement actuel des problèmes de drogues draine chaque jour un plus grand nombre de personnes souffrantes vers nos centres : 32 000 en 1990, 52 000 en 1995, 60 000 en 1997 (16% d'augmentation entre 1995 et 1997).
Malgré l'heureuse ouverture des professionnels de santé "généralistes" (médecins, hôpitaux) aux problèmes de toxicomanie, les Centres Spécialisés sont donc, plus que jamais, le support essentiel du dispositif de soins des toxicomanes. Eux seuls, en effet, peuvent assurer cette prise en charge globale (médicale, psychologique, éducative et sociale) dont ont besoin les toxicomanes, surtout les plus démunis d'entre eux.
Dernières données disponibles DREES
De plus, à côté des soins, la plupart de nos services sont engagés dans le champ de la prévention des toxicomanies et proposent de nouvelles réponses, notamment en direction des groupes sociaux les plus exposés.
Mais les Centres Spécialisés de Soins aux Toxicomanes sont arrivés dorénavant à saturation. Financés par l'État, leur taux directeur reste bloqué aux environs de 1,50% depuis plusieurs années (inférieur donc au seul GVT). Nous sommes également très inquiets des répercussions du passage aux 35 heures sur la qualité et la sécurité des soins, et de l'accueil sans aide complémentaire de nos financeurs.
Témoin du développement rapide du problème des drogues dans notre pays, et convaincu de la nécessaire adaptation des réponses, notre dispositif a toujours présenté des projets dans de nombreux départements. Ils ont été financés régulièrement par les Pouvoirs Publics jusqu'en 1996.
Or, pour la troisième année consécutive, aucune mesure nouvelle n'a été accordée par le Secrétariat d'État à la Santé dans la quasi-totalité des départements. C'est la première fois que nous sommes confrontés à une pareille inertie des Pouvoirs Publics depuis la création du secteur en 1970 !
Ces dernières années, nous vous avions déjà signalé le niveau dérisoire, au regard des besoins, des budgets alloués à la prise en charge sanitaire et sociale des toxicomanes : 10ème rang des pays européens à égalité avec la Suisse qui compte 6,5 millions d'habitants; Si la politique actuelle se poursuit, cette situation piteuse va encore se dégrader alors que tout le monde convient de l'ampleur du défi.
Aujourd'hui, nous vous demandons donc de bien vouloir interpeller le gouvernement sur ses intentions réelles. Que doit-on croire : les proclamations généreuses ou l'érosion des budgets ?
Votre soutien est indispensable. Une question écrite posée au gouvernement pourrait sans doute faire évoluer les choses et nous permettrait de témoigner auprès de la population de votre engagement et de la prise en compte de leurs et de nos préoccupations.
Vous remerciant pour ce qu'il vous sera possible de faire, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Député, l'expression de notre haute considération.