La France n'a plus de politique de santé en matière d'addictions
Paris, le 9 décembre 2003
Sur tous les fronts (la prévention, les soins, les législations) le gouvernement reprend les vieux réflexes d'une approche par produit et prend des mesures animées davantage par des logiques économiques et sécuritaires que sanitaires. Au-delà de quelques avancées partielles (comme la baisse de la consommation de tabac) c'est l'incohérence et la régression, de fait, du dispositif de prévention et de soins. Ainsi, les mesures de taxation prises contre le tabac ne s'accompagnent d'aucune aide au sevrage, notamment pour les plus démunis. Dans le domaine de l'alcool, l'absence de politique aussi bien à l'hôpital et dans les centres spécialisés qu'en médecine de ville se conjugue au refus de toute décision réglementaire susceptible de limiter la consommation. Dans le domaine des substances illicites il n'est plus question que du cannabis alors que les problèmes rencontrés par les acteurs de terrain sont avant tout liés aux polyconsommations.
La réforme de la Loi de 1970 qui aurait pu être l'occasion d'une refonte de l'ensemble de la réponse sociale face aux drogues n'est envisagée que sous l'angle d'une répression de l'usage de stupéfiants plus systématique.
La Fédération Française d'Addictologie tient à rappeler que :
- L'alcool est responsable d'au moins trente mille morts par an dans notre pays et de bien plus encore de handicaps, blessures, souffrances, violences et délinquances.
- Les stupéfiants autres que le cannabis ne voient pas leur consommation globalement diminuer, certains comme la cocaïne et les drogues de synthèse sont au contraire en augmentation constante depuis des années.
En conséquence, l'adaptation et l'amélioration de la prévention et des soins pour les usagers de cannabis, comme pour tous les autres produits, doit s'inscrire dans la constitution d'un dispositif commun à l'ensemble des addictions.
Dans ce sens, la FFA demande :
- La définition d'une politique sanitaire claire et volontariste en matière d'addictions.
- Le renforcement des structures addictologiques existantes, tant médicosociales qu'hospitalières ; il apparaît de façon patente que ces structures n'arrivent pas à répondre aux besoins, tant des usagers d'alcool et de tabac que de drogues illicites.
- La mise en place d'un programme de soutien et de formation très large, destiné aux acteurs de première ligne (médecins généralistes, équipes médico-sociales scolaires, psychiatres…)
- La création ou la valorisation de petites structures d'information et d'orientation pour les jeunes usagers de substances licites et illicites.
La FFA propose également que s'engage une concertation pour élaborer une loi-cadre addictions qui couvre l'ensemble des consommations nocives de substances psychoactives.
Toutes ces propositions sont développées dans un document que la Fédération Française d'Addictologie vient d'adresser au Ministre de la Santé et au Président de la MILDT dont elle attend la réponse.
Docteur Alain MOREL Tél. : 06 85 43 11 53
Professeur Michel REYNAUD Tél. : 06 08 64 65 68