Après le débat au Parlement sur la toxicomanie
Une politique de santé se conduit avec des objectifs et des acteurs de santé, pas avec de l'idéologie morale
Le Président de la FFA - Dr Alain Morel
La France connaît un haut niveau de consommation de cannabis parmi les jeunes, mais également d'alcool, de tabac et de médicaments psychotropes.
La France doit développer une politique de prévention et de soins envers les addictions à la mesure des enjeux de santé.
La France doit diversifier son offre de soins, en matière de toxicomanie comme d'alcoologie et de tabacologie.
Une politique de santé se définit par des objectifs basés sur des besoins élaborés en concertation avec les acteurs. À chaque fois qu'elle s'est fondée sur des principes idéologiques et moraux, les résultats ont été désastreux : les usagers ont été stigmatisés, ils se sont écartés des soins, la priorité a été donnée à la répression et la prévention a été totalement décrédibilisée.
Un récent débat au Parlement laisse à penser que notre pays pourrait retourner dans ces errements. En opposant l'abstinence à la politique de réduction des risques et aux traitements de substitution ces débats nous replongent dans des polémiques d'un autre âge. Depuis plus de dix ans, tous les efforts des professionnels et des administrations concernés ont porté au contraire sur la diversification et la complémentarité des stratégies de soins pour s'adapter aux diverses étapes où peuvent se trouver les personnes dépendantes.
Quelques points doivent être rappelés :
- Concernant les traitements de substitution : prétendre que les toxicomanes n'ont aujourd'hui pas de choix tient du mensonge pur et simple. De plus, il n'est plus acceptable que des responsables politiques jugent les résultats des traitements de substitution au mépris de ce qu'ils apportent à un très grand nombre de patient. Comme l'a souligné la conférence de consensus de 2004, les traitements de substitution permettent à plus de 70 % des personnes qui en bénéficient de s'abstenir de consommer les drogues qui les détruisaient. L'abstinence avec une aide médicamenteuse serait-elle moins acceptable que l'abstinence sans médicament ?
- L'annonce par le gouvernement de la création de 20 communautés thérapeutiques destinées spécifiquement à des sujets sans traitement procède de la même logique et ne s'appuie sur aucune estimation des besoins réels en matière d'hébergements thérapeutiques. Alors que notre pays ne dispose que de 400 places pour tout type d'hébergements spécialisés en toxicomanie, il faudrait en ouvrir plus de 600 d'un seul type excluant l'utilisation de médicaments ?
- Concernant la Réduction des Risques, il n'est pas admissible de faire l'impasse sur les avancées qu'a permis cette politique, notamment dans la lutte contre l'épidémie de Sida et les surdoses mortelles. Quelles améliorations apporter à cette politique ? Cette question pourrait être l'objet d'un débat politique utile dès lors qu'il s'appuie sur des données exactes et complètes !
- Concernant le cannabis, les professionnels se sont mobilisés depuis de nombreuses années et ils l'ont fait à l'occasion de la récente campagne de l'État. Dans l'intérêt même des adolescents et des familles, nous ne pouvons que condamner l'exagération des propos sur le cannabis : la diabolisation n'a jamais rendu service à la prévention.
- Enfin, étant donné l'importance des liens entre les addictions et les troubles psychiatriques, il est regrettable que les mesures spécifiques n'aient pas été apportées dans le plan santé mentale présenté récemment par le Ministre de la Santé.
La FFA tient à souligner que les services sanitaires et médico-sociaux en matière d'addictions ont effectivement besoin de moyens diversifiés. Les incantations pour une \"France sans drogue\" et à l'abstinence à tout prix ne sont que des chimères et, sur le plan de la santé publique, une dangereuse supercherie.