Politiques publiques : vers le tout répressif ?

Lors de son audition par la commission d'enquête du Sénat sur les politiques publiques, Nicolas SARKOSY, Ministre de l'intérieur, s'est prononcé en faveur de la suppression de l'incarcération pour les usagers de drogues, mais pour des sanctions applicables et efficaces pour les usagers, assorties d'une tolérance zéro : "a l'égard des consommateurs rien ne sera toléré". Sans évoquer de peine d'amende, comme l'avaient fait le Ministre de la Santé Jean François MATTEI et le président de la MILDT Didier JAYLE, M. SARKOSY a insisté sur des mesures telles le Travail d'intérêt général, la confiscation de scooters, le recul de l'age de passation du permis de conduire, destinées à dissuader de consommer des drogues. A aucun moment, d'après ce qu'on lit dans la presse, il n'est fait référence à la prévention et au soin, si ce n'est pour sanctionner ceux qui refuseraient de se soigner.

La répression massive de l'usage est-elle la seule réponse possible au vrai problème que pose l'extension européenne des consommations de substances psychoactives diverses chez les adolescents ? Nous ne le pensons pas. Cette logique axée sur le seul produit va-t-elle devenir un nouveau dogme ? Nous ne le souhaitons pas, et l'expérience a déjà montré que c'est contre-productif.

L'ANIT rappelle que le produit ne compte que pour une part dans le développement des toxicomanies, à côtés de facteurs personnels et environnementaux.

Un autre propos est autrement inquiétant, celui qui voudrait que le tabac sorte de champ de compétence de la MILDT dans la mesure ou "s'il est nocif pour la santé, il ne génère pas de délinquance". (Cela n'est pas sûr, car on voit le trafic de tabac se développer à mesure que son prix augmente...)

Cela indique que selon le ministre de l'intérieur, la MILDT n'aurait compétence à traiter que de problèmes de délinquance, réduisant de fait les toxicomanies à un problème de sécurité publique au détriment de la santé publique.

L'ANIT affirme que la seule réponse répressive ne peut résoudre le problème réel des consommations de drogues, en particulier chez les jeunes, qui relèvent de questions de santé, d'éducation et de prévention.

Plus que jamais dans ce domaine complexe, l'inter-ministérialité doit être la règle, afin de coordonner, dans le respect des compétences de chacun, l'action des différents ministères.

L'ANIT demande à ce que les quatre axes nécessaires à la prise en compte des usages de drogues Répression-Soin-Prévention-Réduction des Risques soient rééquilibrés afin de proposer à l'ensemble des citoyens une politique publique cohérente et inscrite dans la durée.

La discussion de pré-AG de l'ANIT à Marseille portera sur ce thème (titre provisoire) "changer la loi : quels changements pour quels objectifs ?"